Réminiscences : les temps mêlés de Louise Bossut, comme une histoire de famille

Nourrie aux beaux-arts dès l’enfance par une mère conservatrice de musées en France, Louise Bossut se sent chez elle parmi les peintres, les maîtres anciens connus ou oubliés des XIVe et XVe siècles surtout, et impressionnée par la pérennité de leurs œuvres. Loin de faire table rase du passé et chercher la nouveauté révoltée au prix de l’éphémère, Louise Bossut s’immerge, au contraire, dans les fondements de la culture occidentale. En ressortent des images presque intemporelles, des versions contemporaines du memento mori ancrées dans un présent entrevu comme une continuité, fluide et naturelle, du passé. A la rupture, la photographe préfère la fusion des temps ; l’autrefois et l’aujourd’hui ne font qu’un, sans heurt ni mélancolie. Plus qu’une relecture ou une réappropriation d’œuvres entrées dans l’histoire de l’art, c’est de filiation qu’il s’agit. Aucune citation en particulier ne s’impose d’amblée et ses photographies ne sauraient être comparées à quelque scénette nostalgique, guère davantage à des tableaux fantasmés qui nieraient le médium choisi et ses spécificités intrinsèques.

Un message touchant à l’universel

Louise Bossut s’approprie, certes et de façon personnelle, des thèmes récurrents de la tradition picturale, portraits, paysages, natures mortes, odalisques, Vierge à l’Enfant..., mais le vocable en est proprement photographique. La chambre grand format impose une lenteur d’exécution et une maîtrise de la production de l’image qui sied bien à l’entreprise : camper le scénario, anticiper autant que ce peu le rendu final et concentrer l’attention sur une multitude de détails du réel, dont aucun paramètre ne sera gommé par un toilettage informatique, garant d’une perfection trop inhumaine et glacée. Qui d’une tache disgracieuse sur la peau, d’une rondeur affirmée dont la plénitude frappera l’œil contemporain, habitué à plus de maigreur ; la beauté est révélée dans son imperfection même, comme un acte de singularité et une présence autonome. La femme chez Louise Bossut, mais aussi l’homme et l’enfant, évoquent les mystères de la vie communs au genre humain. La sensualité flirte avec la mort, si inhérente au vouloir premier de toute image : lutter contre l’oubli. Devant les paysages de Hollande ou du Jura ressurgissent ces impressions diaphanes laissées par les peintres qui ont tant façonné la mémoire collective, que la photographe investit à son tour avec jubilation.



Christine De Naeyer

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